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Comment enseigner
à des élèves ayant des troubles du
comportement?
Les comportements difficiles
manifestés par certains élèves
constituent une préoccupation quotidienne pour
plusieurs enseignantes et enseignants, que ce soit à
l'éducation préscolaire, ou primaire ou
secondaire.
En effet, que faire avec ce jeune garçon de
maternelle qui très souvent frappe les autres
enfants, cet élève de deuxième
année qui présente de l'hyperactivité
et d'importants problèmes d'attention, ce grand de
sixième année que l'on soupçonne de
«taxage» auprès des plus jeunes ou cet
adolescent de troisième secondaire qui fout la
pagaille dans le cours de français en interrompant
continuellement l'enseignant?
Non, il n'est pas facile d'enseigner à ces
élèves qui présentent des comportements
difficiles et qui semblent plus nombreux depuis quelques
années. Les données récentes
recueillies au Québec, aux États-Unis et en
Europe indiquent en effet que le nombre de jeunes
considérés comme ayant des troubles du
comportement a augmenté de manière importante
depuis les quinze dernières années. Comment
exp liquer
cette situation? Certains auteurs estiment que les
changements qu'a connus la structure familiale, le niveau
limité d'encadrement des enfants en bas ge et
l'exposition répétée des jeunes aux
modèles violents valorisés par des
médias comme la télévision peuvent en
être la cause, du moins en partie.
La majorité des agents et agentes
d'éducation n'ont pourtant reçu que fort peu
de formation leur permettant d'intervenir auprès des
élèves qui manifestent des comportements
difficiles à l'école. Ce constat est valable
autant pour les enseignants et enseignantes que pour les
directeurs et directrices d'école. Malgré
tout, il demeure qu'ils ont la responsabilité
d'enseigner à ces jeunes, de leur permettre
d'effectuer les apprentissages nécessaires à
leur réussite scolaire. Alors, que faire?
Rappelons tout d'abord que nos connaissances actuelles
nous permettent de comprendre relativement bien comment
naissent les comportements inacceptables, comment ils se
maintiennent et comment on peut les modifier. Nous savons
également que la punition comme unique moyen de
composer avec des élèves manifestant des
comportements difficiles est inefficace. Une philosophie
axée sur le contrôle est d'ailleurs
contre-productive bien que souvent tentante pour un
directeur d'école, une directrice d'école, un
enseignant ou une enseignante exaspérés.
Pourtant, tolérer l'intolérable, accepter
qu'un ou une élève fasse perdre un temps
précieux d'enseignement au personnel ou l'agresse
verbalement ou physiquement n'est pas non plus faire oeuvre
d'éducation.
Dans le présent bulletin du CRIRES, nous proposons
une synthèse des modes d'intervention jugés
efficaces pour prévenir les problèmes
disciplinaires et composer avec les élèves qui
manifestent des comportements difficiles en classe. Plus
précisément, nous aborderons d'abord les
problèmes de discipline en classe pour ensuite
proposer une manière de prévenir l'escalade
verbale par l'établissement de limites. Puis nous
présenterons brièvement les types
d'intervention qui se révèlent les plus
efficaces lorsqu'un suivi systématique est
nécessaire pour un ou une élève. Nous
suggérons enfin une banque d'instruments pratiques
destinée à ceux et celles qui veulent aller
plus loin dans leurs lectures et mieux s'outiller en vue
d'intervenir auprès des élèves
manifestant des problèmes de comportement.
Les problèmes
de discipline en classe
Une première distinction à faire est celle
qui existe entre les problèmes de discipline et les
problèmes de comportement. Aux fins de
compréhension, nous pouvons considérer un
problème de discipline comme un comportement
inacceptable qu'il est possible de modifier en appliquant
les mesures usuelles d'encadrement prévues dans les
règles de la classe ou de l'école. Lorsqu'un
ou une jeune émet des comportements qui ne peuvent
être modifiés par ces règles et qu'une
intervention systématique est nécessaire, nous
parlons de problèmes de comportement.
Portons d'abord notre attention sur les problèmes
de discipline. Un gramme de prévention vaut souvent
mieux que plusieurs kilos d'intervention! Cela vaut
particulièrement pour les problèmes de
discipline en classe. Une bonne relation avec les
élèves, une attitude d'acceptation et de
respect et la création de situations d'apprentissage
motivantes pour les jeunes constituent des préalables
qui nous semblent incontournables. On crée ainsi un
type de classe où les règles sont plus faciles
d'application et où les problèmes de
discipline sont moins fréquents.
Plusieurs études ont été
effectuées pour tenter de déterminer les
comportements considérés par les enseignants
et enseignantes comme les moins acceptables en classe.
Certains de ces comportements sont plus stratégiques
que d'autres dans l'apparition et l'aggravation des
problèmes en classe. Ainsi, l'indiscipline ou le
refus de suivre les consignes de l'enseignant ou de
l'enseignante constitue un problème important dans la
mesure où une intervention préventive
efficace évitera d'autres problèmes plus
sérieux entre l'enseignant ou l'enseignante,
l'élève et ses compagnons et compagnes. Il
s'agit également d'un des problèmes de
comportement les plus fréquemment mentionnés
par les en seignants
et enseignantes et les plus liés à d'autres
formes de comportements mésadaptés qu'une
intervention efficace en ce qui concerne l'indiscipline peut
réduire ou prévenir.
Lorsqu'un enseignant ou une enseignante formule une
demande à des élèves, ces derniers
peuvent réagir en obéissant dans un laps de
temps raisonnable, en retardant leur réponse, en
refusant d'obéir, en changeant la nature de la
demande par des négociations ou en tentant
d'influencer l'adulte afin qu'il la retire. Que faire
lorsque le ou la jeune refuse de faire ce qui lui est
demandé ou essaie de négocier en ce sens?
Il faut tout d'abord être conscient que l'effet
ultime d'une demande de l'enseignant ou de l'enseignante
à un ou une élève dépend de deux
conditions: 1. l'existence d'une politique administrative
claire à l'école permettant de maîtriser
adéquatement les situations de
désobéissance où l'élève
va jusqu'à la provocation de l'enseignant ou de
l'enseignante et 2. une communication claire des attentes de
l'enseignant ou de l'enseignante en ce qui concerne les
comportements de tous les élèves.
La manière utilisée par un ou une adulte
pour donner ses directives joue également un
rôle important. Concrètement, on peut
distinguer deux grands types de directives que peut donner
un enseignant ou une enseignante.
Les directives alpha sont celles qui peuvent amener
l'obéissance ou la désobéissance. Il
s'agit d'une requête claire, simple, directe et
précise faite à l'élève, sans
verbalisation supplémentaire, suivie d'un temps
raisonnable pour que ce dernier puisse y répondre.
Les demandes alpha procurent à la fois une occasion
et un temps suffisant pour y obéir et ont
habituellement l'effet d'accroître ou de maintenir le
degré d'obéissance chez les
élèves, de la maternelle jusqu'à la
cinquième secondaire. «Pierre, à la fin
de la récréation de l'avant-midi, va chez le
directeur chercher les fiches d'information concernant la
sortie de mardi prochain» est une consigne alpha: elle
est claire, directe et non équivoque.
Les directives bêta sont celles qui
n'entraînent ni l'obéissance ni la
désobéissance. Elles consistent en de vagues
ou multiples directives données en même temps
et ne fournissant aucun critère précis pour
déterminer si l'élève a obéi ou
ne lui donnant pas le temps ou la chance de le faire. Les
demandes bêta sont généralement
accompagnées d'un excès de verbalisation de la
part de la personne qui les émet. Dans cette
situation, l'élève à qui elles sont
destinées n'a pas la chance d'y obéir.
«Jeanne, quand vas-tu te décider à
terminer cet exercice de mathématique? Tu ne fais
jamais ce que je te demande. À moins que tu aies des
problèmes à m'entendre? Es-tu sourde ou
joues-tu à celle qui ne comprend pas? J'aimerais que
tu te décides enfin à te prendre en main.
À moins que tu en sois incapable? Je suis vraiment
découragé de toi!» Cette dernière
demande est un exemple typique d'une consigne bêta:
elle est imprécise, confuse et
incohérente.
Il est important de retenir ici que les directives alpha
favorisent grandement le respect des consignes
formulées par l'enseignant ou l'enseignante, alors
que les directives bêta ont pour effet d'abaisser le
taux de discipline et sont donc à éviter
autant que possible. Avec des jeunes qui présentent
des troubles du comportement, l'efficacité des
directives alpha est encore plus évidente.
Les trois lignes directrices proposées par Walker
et Walker (1994) résument bien nos propos concernant
l'art de formuler une demande à un ou une
élève:
-
Être précis et direct. Attirer
l'attention de l'élève, l'appeler par son
nom et faire une pause jusqu'à ce que le contact
visuel soit établi. En utilisant une voix ferme et
une attitude neutre, décrire (consigne alpha) ce
que l'élève doit faire ou ce qu'on souhaite
qu'il ou elle fasse. Il est important de se rappeler
qu'habituellement on peut demander d'amorcer une action
ou de terminer une action. Il est à peu
près toujours préférable d'utiliser
le premier type de demande: «Pierre, je veux que tu
aies fini de lire ton texte avant 10 heures» au lieu
de «Pierre, arrête de jaser avec
Julie».
-
Donner seulement une directive à la fois.
Si on veut que les élèves effectuent une
série de tches les unes après les
autres, donner des directives distinctes pour chacune de
ces tches après l'accomplissement
satisfaisant de la précédente.
- Faire suivre la demande d'un laps de temps (cinq
secondes ou plus) pendant lequel l'élève
peut y répondre, aucune verbalisation ni directive
supplémentaires ne devant être
données durant ce temps.
Enfin, se rappeler qu'il faut éviter à tout
prix de donner des directives à la chaîne,
vagues, interrogatives, incitatives, suivies d'un
raisonnement ou d'une autre forme de verbalisation.
Un des problèmes les plus fréquemment
rencontrés est l'escalade verbale entre l'enseignant
ou l'enseignante et l'élève
désobéissant, dont un exemple est donné
dans l'encadré. Pour l'éviter, il est
important pour l'enseignant ou l'enseignante de mettre au
point des stratégies lui permettant d'établir
des limites claires et de les faire respecter.
Établir des limites est une expression
générale décrivant les techniques
utilisées pour aider l'élève qui
émet des comportements inacceptables à
apprendre des comportements plus adaptés1.
L'établissement de limites comporte une description
des comportements acceptables et inacceptables et une
présentation claire des règles de la classe ou
de l'école. Les limites sont des bornes à
l'intérieur desquelles les élèves
apprennent à agir d'une manière socialement
acceptable. Elles constituent un message, envoyé
à l'élève qui commence à se
comporter de façon irrationnelle, que les personnes
qui l'entourent se préoccupent de son
bien-être. L'établissement de limites implique
nécessairement des conséquences positives et
négatives pour leur respect et leur non-respect, des
conséquences claires, raisonnables et
appliquées avec constance qui visent à faire
savoir à l'élève ce qu'il ou elle peut
et ne peut pas faire à l'école. Elles ne sont
pas là seulement pour le brimer le punir ou le
ridiculiser. L'objectif poursuivi est, au contraire, de
favoriser tant l'apprentissage scolaire que celui de
l'autonomie et de la responsabilité.
Il est important de noter que les enseignants et
enseignantes qui établissent des limites efficacement
évitent d'abord les luttes de pouvoir
associées:
-
à la défense de leur
crédibilité. Élève:
«Je ne suis plus intéressé à
travailler parce que vous enseignez mal!»
Enseignant: «Voyons! J'ai suivi toute la
formation donnée récemment sur ce
programme. Je suis très qualifié pour le
donner, et tu n'as pas le droit de...»
-
à des attaques personnelles.
Élève: «Vous n'êtes
qu'une grosse torche...» Enseignante,
furieuse: «Mon petit maudit! Si tu penses que je
vais accepter de me faire traiter de cette manière
par un... comme toi!»
- à la formulation de menaces ou d'un ultimatum.
Enseignant: «Si tu ne te mets pas au travail,
moi, je vais t'y mettre.» Élève:
«Touche-moi donc pour voir!»
- au retour sur des événements
passés. Enseignant: «Te souviens-tu,
l'an passé, de la pei
ne
que tu as faite à ton ancienne enseignante? Si tu
penses que tu vas refaire la même chose avec
moi!» Élève: «Ce n'est pas
vrai. Je n'ai pas fait ça.»
Au lieu d'entrer dans des luttes de pouvoir, les
enseignants et enseignantes efficaces établissent des
limites claires, réalistes et compréhensibles
et appliquent de manière constante les
conséquences qui leur sont associées.
Lorsqu'un ou une élève enfreint une
règle importante de la classe ou de l'école,
nous suggérons une approche en cinq
étapes:
-
Expliquer brièvement et
précisément à l'élève
quel comportement est inadéquat.
-
Expliquer brièvement à
l'élève pourquoi ce comportement est
inadéquat.
-
Donner à l'élève le choix entre
deux conséquences en présentant toujours la
conséquence positive en premier.
-
Lui donner un temps raisonnable pour qu'il ou elle
puisse prendre sa décision, sinon le tout peut
être perçu comme un ultimatum.
-
Appliquer les conséquences, les limites
n'étant d'aucune utilité si on n'est pas
cohérent dans les conséquences qui leur
sont associées. Pour être efficace,
l'application de celles-ci doit se faire de façon
ferme mais non autoritaire et répressive.
Même si on applique exactement le mode
d'intervention, décrit plus haut, il ne sera pas
toujours efficace. Toutefois, si on utilise les
conséquences de façon cohérente, il est
plus probable que le ou la jeune obéisse dans le
futur. Ainsi se crée une structure qui favorisera
chez le ou la jeune un comportement adéquat la
plupart du temps et qui lui permettra d'apprendre que les
attitudes et les choix sont accompagnés de
conséquences.
La necessité
d'une intervention systématique
Les mesures que nous avons présentées
jusqu'à maintenant peuvent être
considérées comme préventives et
permettent d'éviter l'escalade ou la
détérioration d'une situation difficile. Pour
un certain nombre de jeunes, notamment ceux et celles pour
lesquels l'encadrement normal d'une classe ne suffit pas
pour leur permettre de manifester des comportements
adaptés, une intervention systématique sera
également nécessaire. Nous proposons, à
la lumière des recherches récentes, d'utiliser
une approche qui intègre les cinq composantes
suivantes:
-
Établir des règles claires en classe.
Les enseigner en donnant des exemples de leur respect et
de leur non-respect.
-
Agir sur les antécédents d'un
comportement perturbateur. Organiser physiquement sa
classe de manière à diminuer les
possibilités qu'un ou une élève
puisse l'émettre.
-
Féliciter l'élève et
l'encourager verbalement. Porter une attention
particulière sur ses comportements adaptés
et les renforcer systématiquement, que ce soit
verbalement ou par la méthode du contrat ou du
système de points.
-
Enseigner systématiquement à
l'élève des habiletés sociales,
c'est-à-dire des comportements qui permettent des
interactions sociales acceptables (par exemple, comment
se joindre à un groupe, comment manifester son
désaccord à un autre ou une autre
élève ou à un ou une adulte). Il
faut donner la chance à l'élève
d'adopter de nouveaux comportements. Les conduites
adaptées peuvent s'enseigner et les programmes
d'apprentissage des habiletés sociales constituent
des outils précieux à cette fin.
-
Recourir, lorsqu'il le faut, au retrait.
Utilisé en combinaison avec une méthode de
renforcement, celui-ci constitue une intervention
indispensable lorsque l'élève manifeste des
comportements très perturbateurs. Le retrait doit
être bref et avoir lieu dans un milieu neutre, sans
renforcement. De plus, il est important, à la fin
de la période de retrait, d'encourager ou de
renforcer le plus rapidement possible les efforts du ou
de la jeune pour améliorer sa conduite.
Une
approche qui intègre les cinq composantes
précédentes sera efficace avec la
majorité des élèves qui
présentent des comportements difficiles si elle est
utilisée avec constance.
Conclusion
La discipline n'est pas une fin en soi. Il s'agit
plutôt d'un instrument permettant aux
élèves d'atteindre les objectifs
d'apprentissage et de socialisation de l'école et de
devenir de plus en plus responsables et autonomes. Dans
cette perspective, il demeure important de faire participer
le plus tôt possible ces élèves à
l'établissement et à la définition des
règles qui vont les aider à baliser leur vie
de groupe, que ce soit en classe ou dans l'ensemble de
l'école.
Égide
Royer, Faculté des sciences de
l'éducation,
Université Laval
Laurier Fortin, Faculté
d'éducation
Université de Sherbrooke
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